29 Nov CHAPITRE 4 – L’homme aux homards : crustacés et cocasseries
Tout avait commencé par une envie simple : se reposer. Une pause bien méritée pour elle, responsable d’un restaurant nantais pris dans le tourbillon d’un printemps éprouvant. Rien de plus qu’un week-end au vert, loin des cuisines, des commandes, des clients affamés. Juste le chant des oiseaux, un lit douillet et la douceur rassurante de la Closerie.
Sauf que son ami, fidèle et facétieux, ne l’entendait pas tout à fait ainsi.
Lui, chef de brigade volontaire et gourmet invétéré, avait décrété que le répit devait aussi être synonyme de festin. Alors, avant de fermer le restaurant pour le week-end, il avait opéré une mission de sauvetage gastronomique : ce qu’il restait de frais allait partir… en balade ! Et dans les glacières qu’il traînait avec un enthousiasme contagieux, trônaient fièrement plusieurs homards encore frétillants — tout juste sortis de la cuisine nantaise.
Le soir venu, dans l’ombre dorée de la vieille bâtisse, la scène vira à l’improvisation jubilatoire. Le chef enfila son tablier comme d’autres revêtent une cape de super-héros. Il installa son matériel en terrasse, ouvrit les glacières sous les yeux mi-intrigués, mi-amusés des hôtes présents, et annonça, sourire aux lèvres : « Ce soir, la mer s’invite au bocage ! »
Car le moment le plus cocasse fut sans doute le soir, quand l’homme aux homards débarqua dans la cuisine commune, traînant ses glacières comme un pêcheur rentrant au port. Il entreprit de remplir le frigo avec ses crustacés restants, sous les regards ébahis — et hilares — des autres hôtes. Certains pensaient rêver. D’autres prenaient des photos. Le frigo se transforma alors en aquarium statique, temple de la fantaisie culinaire.
La cuisson des homards se fit dans un joyeux brouhaha. Entre le crépitement des casseroles, les effluves de beurre salé et les bulles de Chardonnay, chacun des convives reçut son morceau de festin, avec commentaires avisés ou exclamations gourmandes. On aurait dit un banquet médiéval revisité façon « Closerie du vieux château ».
Depuis, on parle de ce week-end comme d’un épisode mémorable. La Closerie avait connu des visiteurs amoureux, des startuppers inspirés, des métalleux fatigués… mais l’homme aux homards ? Un festival à lui seul.
Et à chaque nouvelle saison, lorsque le frigo fait un bruit suspect ou qu’une casserole reste sans couvercle, on se dit en souriant : « Tiens, l’homme aux homards ne serait-il pas dans les parages ? »
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