CHAPITRE 10 – Repos olympique près des douves d’un vieux château

L’été dernier avait été une tornade. Les Jeux Olympiques de Paris avaient enflammé le pays, les stades et les esprits. Parmi les athlètes, elle brillait discrètement, championne de hockey sur gazon, une battante au sourire modeste et au regard concentré. Son nom ne faisait pas la une, mais dans les coulisses, on parlait d’elle comme d’une force tranquille, une colonne vertébrale de son équipe.

Mais ce qu’on ignorait souvent, c’est qu’en dehors des terrains, elle était aussi kinésithérapeute. Une professionnelle du soin et du corps, habituée à panser les bobos des autres… tout en repoussant les siens. Une double vie, à cent à l’heure, jonglant entre entraînements, patients, sélections, dossiers et examens. Alors, une fois les médailles remises et les cris apaisés, elle avait fui Paris. Direction : la Closerie.

Elle arriva avec son amie, épuisée mais le pas léger, en quête de déconnexion. La Closerie devint aussitôt un cocon. Plus de gradins. Plus de sifflets. Juste le froissement des feuilles et la respiration lente des lieux. Le jardin japonais, avec son calme minéral, lui offrit le silence dont elle avait besoin. Elle posait son sac comme on pose une armure.

La piscine devint son lieu de flottaison — pas d’exploit à atteindre, juste des longueurs paisibles, parfois entrecoupées de rires. Le matin, elle se promenait dans le bocage, observant les oiseaux, s’accordant le droit de ne rien viser, ne rien corriger. Le corps enfin libre.

Les hôtes étaient impressionnés sans qu’elle ne s’en rende compte. Elle parlait peu des JO, davantage de ses patients, de sa passion pour la physiologie, des petits miracles du quotidien. Elle confia tout bas : « Être ici, c’est comme avoir gagné une médaille invisible. Une médaille pour moi seule. »

Et pourtant, chacun devinait que ce répit n’était qu’un entre-deux. Une respiration avant de replonger dans l’intensité. Car dans quatre ans, à Los Angeles, elle serait sans doute à nouveau sur les pelouses olympiques. En attendant, la Closerie l’avait accueillie comme une pause bienveillante. Une escale entre deux marathons de vie.

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