CHAPITRE 7 – Gin, fleurs et plongeons au crépuscule

Elle déboula comme un courant d’air anglais, parfumée à la lavande et au thé Earl Grey. Vêtue d’une robe fleurie un peu froissée, les lunettes en bataille, la septuagénaire aux airs de duchesse boho venait tout juste de quitter Londres — encore frémissante des émotions d’un mariage royalement arrosé — pour descendre, avec son mari, vers leur maison secondaire en Dordogne, avant de retrouver leur vrai chez-eux… une maison d’hôtes très « british », nichée au creux des collines sud-africaines.

Mais en chemin, halte royale à la Closerie. Et quelle halte !

À peine arrivée, elle décréta qu’il n’était pas question de perdre un seul rayon du soleil. Direction : la piscine. Et sans un mot, elle plongea dans l’eau comme une sirène victorienne, enchaînant dix longueurs aller-retour, cheveux au vent, éclaboussant un silence d’habitude sacré à cette heure dorée. Les autres hôtes regardaient, interloqués et conquis, ce spectacle plein de vie et d’élégance désinvolte.

Puis ce fut l’heure du gin. Évidemment. Avec une bouteille entière de vin blanc bien frais pour faire glisser les souvenirs du mariage. Et son compagnon — un homme charmant mais visiblement dépassé par tant d’entrain — fut envoyé, un peu penaud, chercher une pizza au village. Petit hic : il ne parlait pas un mot de français.

Le récit de son expédition fut légendaire : gestes maladroits, sourires embarrassés, un « pizza? » lancé avec l’espoir au fond des yeux, et finalement, une boîte miraculeuse récupérée grâce à la bienveillance du pizzaiolo local… et au charme britannique universel.

De retour, il déposa la pizza comme une offrande sur la terrasse, où la duchesse rebelle levait déjà son verre en saluant la lune.

On parla beaucoup ce soir-là. Elle raconta ses chambres d’hôtes en Afrique du Sud : une profusion de fleurs, de porcelaine, d’aquarelles accrochées aux murs, et des petits déjeuners servis sur des plateaux en argent. Elle disait que le monde manquait de délicatesse, et que le thé bien infusé pouvait réparer bien des chagrins.

Ce passage à la Closerie fut court, mais marquant. On ne sait pas si elle y reviendra, mais dans l’imaginaire de tous les présents, elle est devenue la dame au gin et aux roses, celle qui nage au crépuscule et envoie son mari en mission linguistique pour une pizza. Un personnage qu’on aurait aimé croquer dans une bande dessinée… ou retrouver entre deux vitraux soufflés par un maître verrier.

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