dessin d'un enfant

CHAPITRE 8 – Frissons électros et soupirs de bébé.

Ils avaient quitté Paris comme on quitte une scène trop bruyante, trop lumineuse. Le métro, les urgences, les horaires enchevêtrés : tout semblait peser sur leurs épaules. Et pourtant, ils portaient un amour immense, tout neuf, emmitouflé dans une petite gigoteuse appelée Youri — huit mois d’innocence et de sourires espiègles.

Le père, artiste nomade, électron libre de la musique électronique, vivait au rythme des festivals et des scènes planétaires : Berlin, Montréal, Tel Aviv, São Paulo… Sa vie était faite de décibels, de projecteurs et de logiciels aux allures cosmiques. Elle, tout juste devenue mère, avait suspendu ses propres rêves pour offrir au monde ce petit garçon aux yeux en alerte, et cherchait maintenant à retrouver un souffle de calme, un instant hors du temps, en famille.

La Closerie les accueillit comme elle sait le faire : avec discrétion, tendresse et nature. Dès le premier jour, la magie opéra. Le bruit de la ville se dissipa dans les feuillages. Et le rythme changea. Fini les beats par minute : ici, on avançait à celui des frémissements de feuilles, des petits pots réchauffés doucement, des silences partagés.

Mais ce qui marqua tous les hôtes, ce fut Youri, le petit ambassadeur du charme. Adorable et captivant, il ne savait pas encore marcher, mais possédait un sens inné du spectacle. En plein crapahutage sur les tapis de la salle commune, il avait cette habitude irrésistible : s’arrêter net… se positionner sur le côté… puis poser sa petite main potelée sur sa hanche comme s’il s’apprêtait à poser pour un magazine de bébé très sérieux. Un geste répété, chaque jour, déclenchant à chaque fois des éclats de rire et des soupirs attendris.

Les mamans présentes n’étaient pas en reste : l’une lui chantait des berceuses, l’autre partageait ses astuces de purées maison.

Le père, étonnamment apaisé, passa moins de temps sur son synthé modulaire et davantage à caler son tempo sur les gazouillis de son fils. La mère, enveloppée dans la douceur du lieu, reprit confiance, retrouvant dans chaque journée simple une beauté retrouvée.

Quand ils repartirent, (posés à la gare à la dernière minute avant le départ, par le maitre des lieux – ils n’avaient pas de voiture) Youri laissa derrière lui plus que quelques couches et un biberon oublié. Il laissa une trace tendre, presque légendaire, dans les couloirs du vieux château. Et parfois, quand un enfant traverse la Closerie avec un geste étrange ou un petit regard en coin, les propriétaires murmurent avec malice : « Tiens, Youri n’est pas loin… »

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